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Le genre comme domaine de recherche

Guillaume Vallet est maitre de conférences en sciences économiques à l’Université Grenoble Alpes. Il dispense des enseignements d’ouverture en sociologie. Le genre est un axe de ses recherches.

 Pourquoi vous êtes vous intéressé au genre ?

Je suis parti de l’analyse du corps, source d’identité. J’ai fait une thèse sur le bodybuilding. Je pars d’un point de vue masculin. (Il existe  aussi des masculinités et une masculinité hégémonique.)  Et je m’intéresse à l’égalité hommes, femmes.

Je ne revendique pas un auteur précis. (J. Butler féministe américaine, très connue dans les études du genre , n’ est pas sa référence unique) . Pour moi ce qui est important, ce n’est pas le débat autour de l’existence ou non de différences entre les sexes. Il est déterminant par contre que ces différences éventuelles ne soient pas source d’inégalités.

En quoi notre société est-elle genrée en matière de socialisation primaire (intériorisation des normes et valeurs  au cours de l’éducation de l’enfant), d’emplois etc. ?

En fait, le problème c’est la liberté de choix pour les femmes et les hommes. Ainsi il faudrait une égalité face aux opportunités multiples . C’est là l’enjeu du genre en démocratie.

Quant aux métiers du care exercés par les femmes majoritairement, ils sont dévalorisés. Il faut jouer sur la socialisation et les salaires pour changer la donne. (Le care concerne les soins à la personne et l’éducation). De fait les hommes doivent comprendre que le care permet la reproduction de nos ressources. Je peux même dire que cela assure la reproduction de l’espèce. Les hommes doivent s’occuper de leurs enfants pour leur assurer une belle vie. Le care ne doit pas être une affaire de genre mais nous concerne tous.

Que peut-on dire des relations entre les inégalités de genre et notre modèle économique capitaliste  ?

Je dirai que le capitalisme a donné trop de place au marché. Il valorise le marchand, la monnaie et le quantifiable. Et ce système  met en valeur le gain maximum, la compétition et la hiérarchie. Quant à la propriété privée, elle fonde l’identité des hommes et l‘appropriation des femmes. Celle-ci se perçoit dans la prostitution. Le corps des femmes est conçu par les hommes comme toujours disponible.

En sortir implique une perte pour les hommes par exemple en termes d’emplois.

Quelles sont les relations entre féminisme et écologie ?

Des réflexions  pionnières ont été menées aux Etats-Unis  au début du XXème siècle. A été mis en valeur le parallélisme entre  l’exploitation des femmes et l’exploitation des matières premières. Dans les années 80,  l’écoféminisme s’est appliqué aux théories du développement économique. Les femmes doivent être associées au processus.

Quelles sont les limites de l’explication par le genre ?

Le genre n’explique pas tout. En effet, en matière d’inégalités, il faut croiser les approches. On peut utiliser l’ethnie, le diplôme, la ville… C’est ce qu’on appelle l’intersectionnalité . Aux Etats-Unis les inégalités s’expliquent ainsi surtout par les différences ethniques.

Que pensez vous du féminisme actuel, et au retour au corps ?

Contrairement à Camille Froideveaux-Metterie, je pense que le corps a toujours été présent. Ainsi dans les années 70,  on entend : « un enfant si je veux, quand je veux ». Dans les années 2000, le féminisme se concentre sur la sexualité des femmes.

Comment introduisez vous l’écologie dans vos recherches ?

Je peux le faire en ce qui concerne l’écoféminisme. Je pourrai aussi évoquer le courant  d’idée écologique américain du début du XXème siècle. Ce dernier qu’on appelle « conversationisme » a été à l’origine de la création des parcs naturels nationaux. (Guillaume Vallet étudie aussi l’histoire de la pensée économique).

 Guillaume Vallet : « Sociologie du genre » Bréal, 2018 et « Economie politique du genre »de Boeck, 2020

Camille Froideveaux-Metterie : « La révolution du féminin », folio,2015,2020 et Entretien du 3 janvier 2021 sur France culture/ les chemins de la philosophie)

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